Médecin coordonnateur à distance en EHPAD : la télécoordination a désormais son cadre

Le médecin coordonnateur à distance en EHPAD dispose désormais d'un véritable cadre réglementaire. Face aux difficultés de recrutement rencontrées par certains établissements, la télécoordination devient une solution possible, mais sous conditions. Un arrêté du 21 juillet 2026 vient préciser ses modalités. Que change-t-il concrètement pour les établissements ?

LA VEILLE ! #001 • RÉGLEMENTATION • MÉDICO-SOCIAL • 31.08.2026

Un médecin coordonnateur dans chaque EHPAD… en théorie

Un médecin coordonnateur dans chaque EHPAD : sur le papier, la règle est simple. Sur le terrain, elle l’est beaucoup moins.

Le Code de l’action sociale et des familles impose à tout EHPAD de se doter d’un médecin coordonnateur. Son temps minimal de coordination dépend d’ailleurs de la capacité de l’établissement : de 0,40 ETP pour les plus petites structures à 1 ETP à partir de 200 places.

Mais cette obligation réglementaire se confronte depuis longtemps à une réalité beaucoup plus pragmatique : recruter un médecin coordonnateur peut s’avérer particulièrement difficile. Le phénomène n’est d’ailleurs pas nouveau : la DREES relevait déjà que 10 % des EHPAD avaient, en 2015, un poste de médecin coordonnateur vacant depuis au moins six mois. Aujourd’hui encore, les offres restent nombreuses et les difficultés particulièrement visibles dans certains territoires.

Quand le terrain s’adapte à la pénurie

Comme souvent lorsqu’une ressource devient rare, les établissements se sont adaptés.

Certains sollicitent des médecins retraités souhaitant conserver une activité. D’autres organisent la mutualisation d’un médecin coordonnateur entre plusieurs établissements, pratique parfaitement identifiable dans de nombreux groupements et directions communes. Et depuis quelques années, une troisième réponse s’est développée : la télécoordination médicale.

Des acteurs comme Koord, @CORE ou encore différents opérateurs et organisations territoriales proposent ainsi aux EHPAD dépourvus de médecin coordonnateur présentiel de faire intervenir un médecin à distance. Les ARS elles-mêmes avaient commencé à produire des recommandations pour accompagner ces pratiques.

Depuis juillet 2026, les règles sont beaucoup plus claires

Après le décret du 4 septembre 2025, qui avait inscrit la possibilité de recourir à la télécoordination, l’arrêté du 21 juillet 2026, publié au Journal officiel, précise désormais les conditions concrètes de son utilisation.

Avant de basculer vers ce fonctionnement, l’EHPAD doit notamment pouvoir démontrer que ses démarches de recrutement d’un médecin coordonnateur ont échoué et informer son ARS au moins quinze jours avant le début de l’exercice à distance.

Le médecin télécoordonnateur doit être précisément identifié, les relations entre les parties encadrées par un contrat, les échanges et données de santé sécurisés et le médecin doit disposer d’un accès au logiciel de soins de l’établissement.

Et « à distance » ne signifie pas « jamais sur place » : le médecin doit effectuer au minimum une journée de présence physique par mois, cette présence pouvant être organisée sur une période allant jusqu’à cinq mois sous certaines conditions.

Enfin, la télécoordination reste juridiquement conçue comme une réponse temporaire.

Elle est autorisée pour douze mois, renouvelable lorsque les recherches de recrutement restent infructueuses, dans la limite totale de 36 mois. Et pendant tout ce temps, l’EHPAD doit continuer à rechercher un médecin coordonnateur. L’ARS peut contrôler le dispositif et demander sa cessation si les conditions prévues ne sont pas respectées.

Finalement, le texte apporte surtout un cadre à une solution qui existait déjà.

Il sécurise les établissements, les professionnels et les médecins qui avaient commencé à inventer des modes de fonctionnement adaptés à une ressource devenue difficile à recruter.

Mais il ne règle évidemment pas le problème à l’origine du dispositif : le médecin coordonnateur ne devient pas moins rare parce que l’arrêté est paru.

Et il crée une situation assez intéressante pour les directeurs.

Imaginons qu’après deux années de télécoordination, l’organisation fonctionne. Le médecin connaît l’établissement et ses équipes. Les professionnels adhèrent au dispositif. Les familles l’acceptent. Les indicateurs sont satisfaisants et les missions réglementaires sont correctement assurées.

Puis arrive enfin… une candidature de médecin coordonnateur souhaitant exercer en présentiel.

La réglementation impose à l’établissement de poursuivre sa recherche d’un médecin coordonnateur pendant toute la période de télécoordination. Mais cela signifie-t-il nécessairement qu’une organisation qui fonctionne bien devra être abandonnée dès qu’une candidature se présente ?

À suivre… car le texte apporte un cadre. Il ne répond pas encore à toutes les questions de management qu’il fait naître.

Et demain ?

Et une autre question apparaît déjà : l’EHPAD restera-t-il une exception ?

D’autres établissements et services médico-sociaux sont eux aussi confrontés à des enjeux de coordination médicale. Dans les MAS et FAM/EAM, la réglementation prévoit notamment l’organisation de la coordination des soins sous la responsabilité d’un médecin, au sein de l’établissement ou du service et avec les praticiens extérieurs. Les SAMSAH, quant à eux, assurent notamment des prestations de soins et de coordination des soins médicaux et paramédicaux.

Les cadres juridiques ne sont donc pas identiques à celui de l’EHPAD. Mais les mêmes questions de disponibilité des ressources médicales et d’organisation des parcours peuvent se poser.

Alors, demain, verra-t-on apparaître dans d’autres secteurs médico-sociaux des cadres réglementaires permettant d’organiser officiellement certaines missions médicales à distance ?

Le Flux restera en veille.

À garder sous la main

La télécoordination du médecin coordonnateur en EHPAD — la procédure en un coup d’œil.
Retrouvez les conditions de recours, l’information de l’ARS, l’organisation du dispositif, les temps de présence et les conditions de renouvellement.

Sources & pour aller plus loin

Code de l’action sociale et des familles — dispositions relatives au médecin coordonnateur en EHPAD.

DREES — données relatives aux EHPAD et aux postes de médecins coordonnateurs.

Décret du 4 septembre 2025 — cadre permettant l’exercice dématérialisé des missions de coordination.

Arrêté du 21 juillet 2026 — modalités concrètes d’exercice dématérialisé des missions de coordination en EHPAD.

Focus sur les structures : Les EHPAD

Focus sur les métiers : Le Médecin Coordonnateur

Et chez vous ?

Votre établissement a-t-il recours à un médecin coordonnateur à distance ?
Comment cette organisation est-elle vécue par les équipes, les résidents et les familles ?
Et si un recrutement en présentiel devenait possible demain, que feriez-vous ?

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